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La politique monétaire, le taux d’intérêt et la masse monétaire, leur impact sur les prix des actifs

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Dans cet article, on discutera l’impact de la masse monétaire, la politique monétaire, sur les prix des actions. Il serait important d’évoquer l’impact de la politique monétaire lorsqu’on parle des actifs boursiers et plus précisément les actions. En effet, la politique monétaire

constitue une partie de l’explication des variations du cours des actions via, notamment, son impact sur le taux d’intérêt.

i. La relation Actions / taux intérêt

La théorie de la préférence pour la liquidité chez Keynes explique cette relation (au moins pour les obligations). Keynes part de l’hypothèse qu’il y ait deux catégories principales d’actifs utilisables comme réserve de richesse : la monnaie et les créances.

Du fait que la monnaie à l’époque de Keynes incluait le numéraire (ce qui ne rapporte pas d’intérêt) et des dépôts à vue (n’en rapportaient pas non plus), il supposa que le rendement de la monnaie était nul. Les obligations, seul actif alternatif à la monnaie dans la théorie de Keynes, rapporte un taux d’intérêt. Quand le taux d’intérêt augmente, toutes choses égales par ailleurs, le rendement anticipé de la monnaie baisse par rapport au rendement anticipé des obligations (on vise ici les obligations qui seront émises prochainement et non pas les anciennes). Cela conduit à la baisse de la demande de monnaie.

Cette relation inverse entre les obligations et le taux d’intérêt s’appelle la sensibilité ou bien une sorte d’effet qu’on appelle effet balançoire.

On peut étendre cet effet aux actions. En effet, appartenant à la famille des actifs-titres, les actions possèdent également cette relation inverse vis-à-vis du taux d’intérêt. On peut expliquer cela par le biais de la prime de risque.

ii. La relation Prix des actifs – masse monétaire

Pour expliquer les variations de la masse monétaire, les économistes ont listé plusieurs raisons. Les Keynésiens estiment que la demande de monnaie dépend du revenu, du taux d’intérêt et des anticipations des agents économiques. Les monétaristes, quant à eux, font dépendre la demande de monnaie du seul revenu permanent qui correspond à la somme actualisée des revenus futurs anticipés[1].

De nos jours, avec l’essor prodigieux des marchés boursiers et le rôle que jouent ceux-ci dans l’attraction de l’épargne, l’évolution des taux d’intérêt et du revenu ne suffit pas pour expliquer la variation de la demande de monnaie. Il semble nécessaire de rechercher un nouveau déterminant de la demande de monnaie, en l’occurrence les prix d’actifs[2].

L’impact des prix des actifs sur la masse monétaire peut être expliqué par l’existence de deux effets : effet richesse dans le sens où une augmentation des prix des actifs entraînerait une augmentation de la richesse nominale. Les agents économiques ont besoin de la monnaie pour effectuer des achats, ce qui entraînerait une augmentation de la demande de monnaie. Le deuxième est l’effet de substitution où une augmentation des prix des actifs entraînerait la détention de ceux-ci au détriment de la monnaie dans l’attente d’une plus-value.

iii. La relation Masse monétaire – prix d’actifs

Dans ce qui précède, la relation va dans le sens prix des actifs è masse monétaire. Ce qui nous intéresse dans cette recherche c’est l’exploration de la relation dans l’autre sens.

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Des études empiriques ont montré l’existence d’une telle relation. Ainsi, l’actuel président de la réserve fédérale Ben Bernanke a présenté dans une conférence au mois d’octobre 2003 à la London School of Economics une étude qu’il a réalisée avec Kenneth Kutter sur les liens entre la politique monétaire et les cours boursiers aux Etats-Unis[3].

Les auteurs ont tiré deux conclusions de cette étude. Primo, une variation inopinée ou imprévue du taux directeur (taux des fonds fédéraux) de 25 points de base est associée, en moyenne, à une variation en sens contraire des cours boursiers comprise entre 0,75 et 1,5 point de pourcentage. Secundo, l’influence de la politique monétaire sur les cours boursiers s’exerce principalement par l’intermédiaire de la prime de risque[4]. Un assouplissement (au contraire, un resserrement) inattendu de la politique monétaire fait baisser (au contraire augmenter) la prime de risque, ce qui fait augmenter (au contraire baisser) les cours[5].

De là découle la capacité de la banque centrale à pousser ou à freiner les décisions des ménages même lorsqu’il s’agit de transmettre ses effets vers une autre institution indépendante. Il s’agit de la bourse des valeurs dans le sens où un assouplissement de la politique monétaire permettrait aux ménages de voir la valeur de leurs portefeuilles augmenter en sus d’une confrontation moins périlleuse au risque.

Ainsi, le taux d’intérêt peu jouer un rôle important dans l’évolution des cours des actions et par conséquent sur les indices boursiers.

Samy BENNACEUR, Adel BOUGHRARA et Samir GHAZOUANI[6] ont effectué une étude portant sur l’impact de la politique monétaire sur le marché boursier dans la région MENA (Meddle East and North Africa) en utilisant la réserve monétaire et le taux d’intérêt servi aux dépôts comme déterminants de la politique monétaire. La modélisation VAR est utilisée. Les données mensuelles ont porté sur la période 1995-2005 pour le Maroc. La réponse du marché boursier aux variations du taux d’intérêt a été négligeable pour le Maroc et la Tunisie, contrairement aux autres pays tels le Bahraïn et l’Arabie Saoudite. Dans ce dernier pays, les autorités monétaires réagissent de façon agressive à l’augmentation des rendements boursiers dans le but d’éviter de forts décalages qui peuvent exister entre les différents actifs (to avoid large assets misalignments and boom).

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[1] BOURGEOIS, Alexandre. (2006), « Expliquer l’évolution de la masse monétaire dans la zone euro », problèmes économiques, N° 2913, 20 décembre.

[2] BOURGEOIS, Alexandre. Op, Cit

[3] MISHKIN, Frederic. (2007). « Monnaie, banques et marchés financiers », Nouveaux Horizons, Paris, p. 807. L’article s’intitule « What Explains The Stock Market’s Reaction To Federal Reserve Policy ? ». Il est accessible via le lien suivant : « 3w.ny.frb.org/researsh/staff_reports/sr174.html ». Une traduction de l’article a été publiée par la revue « Problèmes Economiques » dans le numéro 2856 sous le titre « Quels liens entre la politique monétaire et la bourse » l’année 2004 pages 8-15.

[4] La prime de risque correspond au différentiel entre le taux d’intérêt réel et le cours de l’action

[5] MISHKIN, Frederic. Op, Cit.

[6] BENNACEUR, Samy. BOUGHRARA, Adel. GHAZOUANI, Samir. (2007). « On the linkage between monetary policy and MENA stock markets ? », 3w.erf.eg.org

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