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Les effets de l’inflation sur l’allocation des ressources

En raison de la perte de valeur de la monnaie, le “coût de l’usage des semelles” (shoe leather cost)[1] se base sur le remplacement de celle-ci par d’autres actifs. Cette substitution interfère avec le système de paiement (les actifs plus rentables sont aussi les moins liquides)et mène les individus à modifier leurs habitudes de paiement.

La fréquence des paiements est modifiée (dès qu’on détient de la monnaie on achète, car si on attend on pourra acheter moins), de même que leurs modalités (adoption des moyens de transaction alternatifs à la monnaie, mais moins performants). D’autres effets secondaires, qui expliquent la désignation “usage des semelles” sont la tendance à concentrer les achats juste après la réception du salaire, l’allongement de la recherche du produit voulu en raison de l’épuisement du stock provoqué aussi par la tendance des vendeurs à réduire leur stock et la fréquence accrue des prélèvements bancaires. Autrement dit, les individus adoptent des comportements qui diminuent la quantité de monnaie nécessaire pour un nombre donné de transactions (hausse de la vitesse de circulation de la monnaie).

Le développement d’actifs rentables et plus liquides, ainsi que la diffusion des cartes de crédit, a réduit l’importance de ces effets. Ces effets existent même en admettant une inflation parfaitement anticipée et n’impliquent pas une réduction du revenu individuel (la nouvelle répartition entre les actifs monétaires permettant de garder intacte le revenu). Le coût est lié au temps libre qui doit être consacré aux transactions[2].

Un autre coût, souvent associé avec le précédent et qui comporte une dépense de ressources est le “coût du menu” (menu cost)[3]. On suppose que l’ajustement aux nouveaux prix implique des coûts d’adaptation (calcul du nouveau prix des produits, nouvelle impression des listes des prix, changement des étiquettes sur les produits) ainsi qu’une perte de revenu en cas de retard dans l’ajustement. Tout cela exige l’utilisation de ressources qui pourraient être employées différemment, d’où un effet d’allocation.

Bien que ces effets soient souvent cités, il en existe d’autres plus importants: en particulier, la déstabilisation du système de paiement en cas d’inflation très élevée, avec dans le cas le plus extrême de l’hyperinflation la possible disparition du système de paiement par l’abandon de la monnaie elle-même. Cette fuite face à la monnaie affecte l’ensemble des relations économiques et sociales.

Un effet d’allocation prend en considération la réduction du taux d’intérêt réel, ce qui réduit la charge de la dette, d’où une possible tendance au surendettement qui peut même devenir insoutenable en cas de redressement monétaire.

D’ailleurs, l’augmentation du coût du capital et la volonté de négliger les actifs monétaires à cause de la dégradation de la valeur réelle, conduisent les ressources vers certains secteurs, tels l’immobilier ou les objets précieux, qui garantissent la stabilité de la valeur réelle, mais dont la productivité économique peut être plus faible.


[1] Pour plus de détail voir : Pietro Nosetti (2003), ‘’Les banques centrales et l’approche contractuelle de l’indépendance: les enseignements du cas néo-zélandais’’, Thèse, l’Université de Fribourg (Suisse), pp 17-19.

[2] L’effet de Tobin selon lequel la réorganisation du portefeuille (substitution de la monnaie avec d’autres actifs plus rentables) permet de réduire le taux d’intérêt et favoriser ainsi l’investissement et la croissance constitue un facteur qui réduit le coût cité.

[3] X. Bonnet, E. Dubois, L. Fauvet (1998), Asymétrie des inflations relatives et menus costs : tests sur l’inflation française, documents de travail, INSEE, pp 6-7.

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