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A propos des Institutions financières Islamiques

Les institutions financières islamiques (IFI) sont sur le chemin de devenir un acteur majeur dans la finance mondiale. Depuis leur naissance dans les années soixante, elles ne cessent pas de connaître des mutations profondes. Leur nombre est passé de deux banques, Tbung Haj en Malaisie et Mit Ghamer en Egypte, à plus 456 institutions aujourd’hui. Elles se concentrent dans la région du Moyen Orient. Certains pays ne disposent que d’IFI, Iran et Soudan, alors que d’autres pays tels que l’Arabie Saoudite, le Koweït, le Qatar, les Emirats Arabes Unis, Le Bahreïn, etc. les institutions financières Islamiques y cohabitent avec les institutions financières conventionnelles (IFC). Les mécanismes de fonctionnement de ces institutions différent largement de ceux reconnus aux institutions financières classiques. Les premières puisent les bases de leur fonctionnement dans les préceptes de la Charia et possèdent un organisme (Charia Board) chargé de contrôler la compatibilité des produits offerts aux lois islamiques (Charia).

Pour rappel, les IFI doivent respecter les obligations suivantes : pas de riba (usure), c’est-à-dire que elles ne sont pas autorisées à investir dans des opportunités rémunératrices par voie de taux d’intérêt, ou verser des intérêts aux déposants d’une banque ; pas de Gharar (incertitude) ni de Maysir (spéculation) c’est-à-dire ne pas investir dans des activités génératrices de revenus incertains, ni, non plus, employer les fond en spéculant sur l’avenir d’un cours ou d’un prix déterminé ; pas de Haram (illicite) c’est-à-dire ne pas investir dans des secteurs considérés comme illicites par la Charia comme l’armement, la loterie, les boissons alcooliques, le cinéma pornographique, etc. ; Obligation de partager les pertes et les bénéfices selon des contrats bien définis (Modaraba et Musharaka) ; et enfin la nécessité d’adosser toute transaction à un actif tangible et non pas fictif.

Les banques islamiques dominent l’activité des IFI, c’est pourquoi nous focaliserons notre attention sur celles-ci. Le tableau suivant montre la différence entre les banques Islamiques et les banques conventionnelles[1].

Au moment où les IFC souffraient des assauts impitoyables de la crise financière, leurs homologues islamiques connaissaient des moments d’euphorie, et ce, malgré l’impact indirect (ralentissement du commerce, stagnation du tourisme, etc.). The Banker2 constate que les banques islamiques ont réalisé des taux de croissance élevés malgré la morosité de la conjoncture conjuguée à la perte de la confiance dans le système financier en sa globalité.

Les actifs des banques islamiques ont augmenté de 8,85% pour atteindre $822 billions entre 2009 et 20101. Ces banques ont crû de 23,46% entre 2006 et 2010. Un taux de croissance qui reste assez élevé en comparaison avec les autres banques conventionnelles. En plus le modèle, finance islamique, attire encore les investisseurs malgré le mouvement à la baisse que connaît le nombre de ces investisseurs ces dernières années. Ainsi, on dénombre 18 nouvelles banques crées en 2010, 20 en 2009, 51 en 2008, et 78 en 2007. Le modèle suscite également l’engouement des banques conventionnelles qui n’ont pas raté l’opportunité d’investissement. En 2010, six banques conventionnelles ont commencé la commercialisation des produits via la fenêtre de la Charia (Charia-Compliant).[2]

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Tout les pays du monde vont aujourd’hui pénétrer ce modèle. Les autorités monétaires des Iles Maldives ont donné le feu vert en 2010, d’autres pays ont suivi, il s’agit du Kenya, la Tanzanie, l’Uganda, l’Ethiopie et bien d’autres vont certainement suivre.

Le tableau suivant montre la valeur des actifs des institutions financières répondant aux exigences de la Charia par pays (en millions de $).

D’autres pays ont montré leur intérêt à intégrer ce modèle, il s’agit de la France, la Chine, le Luxemburg, le Sri Lanka et l’Ile Maurice.

Le tableau suivant montre le nombre d’institutions répondant aux exigences de la Charia et le nombre de banques conventionnelles offrant des produits islamiques.

Cette croissance a suscité l’attention des chercheurs et des praticiens en leurs consacrant des recherches, voire même, des ouvrages entiers. Cependant, ce qu’on peut dire à propos de l’état des lieux de la recherche scientifique dans ce domaine, c’est qu’elle prend encore une forme embryonnaire. Les banques islamiques et la finance islamique en général a plusieurs défis à surmonter dont le déficit en matière scientifique.

Le magazine The Banker recense plusieurs défauts et déficits dont les banques islamiques doivent faire face. Les IFI manquent de clarté au niveau de leurs opérations. Selon le magazine, les acteurs doivent déterminer avec précision ce qu’est halal de ce qu’est haram[3]. Ce déficit se montre malgré la mise en place de « Islamic Financial Services Borad » (IFSB) et « The Accounting and Auditing Organisation for Islamic Financial Institutions » (AAOIFI). La finance islamique souffre également du manque de spécialistes. C’est la raison pour laquelle les universités étrangères notamment en Europe et au Moyen Orient montent des modules de formation afin de combler l’insuffisance. En plus, à cause de l’existence de deux grandes branches en l’Islam le sunnisme et le chiisme, l’interprétation des lois coraniques devient, évidemment, différente. Et le plus grave c’est qu’à l’intérieur d’une branche il y a une multitude d’interprétation.

D’un autre coté, il va sans dire que les IFI vont subir une concurrence acharnée de la part des IFC. Pour limiter l’effet ‘‘finance islamique’’, ces dernières ont allé concurrencer les IFI dans leur propre domaine en offrant des produits islamiques (alternatifs). Dans ce contexte, seul le modèle rentable serait capable de continuer son exploitation et réaliser son expansion.


[1] Shanmugam, Bala. Zahari, Zaha Rina (2009). “A Primer on Islamic Finance”, The Research Foundation of CFA Institute.

[2] Top 500 Islamic Financial Institutions, Brian Caplen et Joseph Divanna, The Banker, 24 November, 2010 (3w.thebanker.com)

[3] Voir l’exemple de « company Investment Dar » et « Lebanon’s Blom Bank » à propos d’un Wakala de 10 millions de $ conclu entre la banque et la Dar. La banque a voulu investir en Chari-compliant. Après un certain temps, la Dar a revendiqué l’inadéquation du contrat aux préceptes de la charia, mettant l’accent sur la confiance dans ce domaine.

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